Développé par Tecno Soft en 1989 sur Mega Drive, Thunder Force III est un shmup traditionnel où l’action se situe tout juste après les évènements du second épisode. Contrairement à ses prédécesseurs, le titre a connu à l’époque un véritable succès et reste à ce jour toujours aussi apprécié par les mordus du genre. Presque trente ans plus tard, c’est avec beaucoup d’émotion que je découvre pour la première fois ce jeu mythique dans sa version japonaise, un évènement exceptionnel qui est sans nul doute l’occasion de vous partager cette expérience unique au travers d’un test complet.

Quel que soit le genre, le catalogue de la Mega Drive regorge d’une quantité ahurissante de hits, mais c’est surtout dans la catégorie shmup que la dame noire excelle le mieux grâce à ses avantageuses capacités techniques qui lui ont permis de recevoir bon nombre de portages provenant des bornes d’arcade ainsi que divers titres développés spécifiquement pour la console. Parmi les titres incontournables, on retrouve essentiellement Musha Aleste, Trouble Shooter, Gley Lancer, Eliminate Down, Aero Blasters, Gynoug, Truxton ou bien encore l’excellent Arrow Flash, mais avant de s’attaquer à l’une de ces grandes figures du jeu vidéo, il est impératif de commencer par la base du shmup sur Mega Drive, j’ai nommé Thunder Force III !

Comme beaucoup de shmup sortis sur la 16-bit de SEGA, Thunder Force III fut commercialisée exclusivement au Japon et en Amérique du Nord, laissant ainsi à l’abandon les pauvres petits européens que nous étions. Naturellement, il était possible de se procurer un exemplaire assez facilement auprès d’une boutique spécialisée dans l’import, mais fallait-il encore être bien informé et assez âgé pour choisir ses propres jeux sans l’accord parental. À mon grand regret, je fais partie de cette génération de joueurs qui furent beaucoup trop jeunes pour avoir connu Thunder Force III dès sa sortie en 1989. Pour ne rien vous cacher, c’est en 1994 que j’ai pu obtenir ma première Mega Drive flambant neuve vendue dans un bundle comprenant le magnifique Sonic & Knuckles alors que la Saturn était, à ce moment-là, déjà disponible au Japon. C’est donc très tardivement que je me suis intéressé à ce Thunder Force III dans sa version japonaise, bien qu’il n’y ait pas vraiment de différences notables avec la version américaine hormis une difficulté légèrement revue à la baisse afin de s’adapter au marché occidental et le logo « Tecno Soft » qui a été étrangement remplacé par « Techno Soft ».

Nom de code Styx, le dernier espoir de l’Union

Avant de rentrer dans le vif du sujet, il est intéressant de se pencher sur le scénario de cet opus qui nous plonge dans une effroyable guerre galactique opposant l’Union de la Galaxie à l’Empire ORN. Ainsi, cent ans se sont écoulés depuis le début du conflit et malgré un grand nombre de batailles remportées, l’Union se retrouve sur le point de perdre la guerre peu après que l’Empire ait déployé des dispositifs de camouflage sur cinq grandes planètes stratégiques afin de dissimuler son quartier général.

L’empire s’est également chargé de construire le Cerberus, un puissant système de défense à distance très efficace pour repousser tout type de vaisseaux lourdement armés tels que les croiseurs et autres cuirassés. Dans l’impasse, l’Union a été contrainte de mettre au point le Fire LEO-03, nom de code « Styx », un petit chasseur très léger qui ne peut être détecté par le Cerberus en plus d’embarquer avec lui une puissante force de frappe. Aux commandes de cette arme de guerre ultime, notre objectif principal est la destruction de chaque brouilleur radar avant d’aller s’infiltrer au cœur du quartier général de l’Empire pour affronter l’empereur ORN, un superordinateur programmé dans l’unique but d’éradiquer toute forme de vie humaine.

On ne peut pas dire que Thunder Force III nous offre un scénario dès plus originales, mais ce dernier a au moins le mérite d’être suffisamment intriguant pour qu’on y prête un tant soit peu d’attention, ce qui est plutôt rare dans ce type de jeu où on se contente généralement de tirer dans tous les sens sans se poser de questions sur nos motivations. Il est vrai que la présence d’une intrigue bien ficelée n’est pas un critère décisif pour l’appréciation d’un shmup, je vous l’accorde, mais je ne peux que saluer la volonté des développeurs d’avoir tenté d’écrire une histoire cohérente entre les différents épisodes de la série.

En route pour un voyage interplanétaire

Aussitôt la console sous tension, le jeu démarre par une courte séquence d’animation où on aperçoit deux Styx fusionner sous un fond de musique entraînante. Une simple pression sur le bouton « start » permet de lancer immédiatement une nouvelle partie, mais en appuyant simultanément sur le bouton « A », un menu « secret » nous est dévoilé afin de modifier quelques paramètres dont la vitesse de déplacement par défaut, le niveau de difficulté (normal, hard ou mania) et la disposition des boutons avec en prime la possibilité d’écouter, rien que pour le plaisir, toutes les superbes musiques présentent sur la cartouche. Il est vrai que cela peut paraître pour le moins étrange de devoir utiliser une combinaison pour afficher un menu d’options aussi rudimentaire, mais il s’agit là d’une marque de fabrique propre à Tecno Soft que l’on retrouve d’ailleurs dans la grande majorité de ses jeux.

Avant de rentrer dans le vif du sujet, Thunder Force III à l’originalité de nous laisser choisir librement notre première destination parmi les cinq planètes proposées que sont Hydra, Gorgon, Seiren, Haides et Ellis. Ce voyage interplanétaire nous emmène visiter différents lieux tels qu’une forêt vierge, une zone volcanique, un monde sous-marin, une grotte gigantesque ou bien encore des montagnes glacées, mais n’espérez pas pour autant languir en chemin afin de contempler ces beaux paysages, car à chaque instant, l’armée de l’Empire ORN n’aura de cesse de nous prendre en chasse.

Au premier coup d’œil, j’ai été agréablement surpris par la différence frappante qui réside entre cette suite et le précédent volet alors qu’une seule année de développement les sépare. Indéniablement, le plus gros changement opéré par Tecno Soft aura été l’adoption d’une vue de côté et d’un scrolling vertical à la manière d’un shmup traditionnel. Ce fut un choix pour le moins judicieux puisque les deux premiers opus avaient été sévèrement décriés à l’époque pour leur monotonie en partie à cause d’un système de jeu atypique reposant essentiellement sur une vue de dessus et un scrolling multidirectionnel.

Plongé au cœur de l’action

À l’opposé des incontournables R-Type (Irem) et Gradius (Konami), Thunder Force III est un shmup nerveux à souhait avec des phases d’action intenses et ce, dès le début du premier niveau où nous sommes immédiatement confrontés à un nombre ahurissant d’ennemis qui ne nous laissent aucun répit en attaquant de tous les côtés tandis que le scrolling peut, à tout moment, accélérer ou changer de direction. Malgré un espace relativement restreint, il est nécessaire de bouger constamment avec la plus grande précision afin de tenter d’éviter les projectiles ennemis tout en prenant garde aux pièges dissimulés un peu partout dans chaque niveau.

Pour mener à bien notre mission, le Styx dispose de deux armes attribuées par défaut que sont le « twin shot » et le « back shot », mais en récupérant quelques items représentant une lettre spécifique, il est possible d’équiper le vaisseau jusqu’à cinq nouvelles armes qui sont parfois indispensables pour progresser. Le switch entre ces différentes armes se fait rapidement en appuyant sur le bouton « C », mais sélectionner la bonne arme souhaitée, au bon moment, requiert une grande maîtrise au même titre que le changement de vitesse qui s’effectue, quant à lui, via le bouton « A ». Fort heureusement, cette manipulation peut s’effectuer tranquillement depuis le menu pause, ce qui devrait permettre à un grand nombre de joueurs de se faire la main tout en douceur.

Tout comme dans Thunder Force II, il est possible de s’équiper d’un bouclier pouvant encaisser jusqu’à trois impacts, mais aussi de deux modules de combat capable d’annuler la plupart des tirs ennemis s’approchant dangereusement du Styx. Une fois que toutes les armes et améliorations ont été acquises, notre appareil devient dès lors une redoutable arme de guerre balayant tout sur son passage, mais bien que cela soit très jouissif, il faut garder à l’esprit que d’une frame à l’autre, tout peut basculer tragiquement puisque le crash du vaisseau occasionne aussitôt la perte de chaque amélioration ainsi que l’arme en cours d’utilisation. C’est encore plus trivial dans les modes difficulté « hard » et « mania » puisque les développeurs ont décidé, cette fois, de nous retirer toutes les améliorations et toutes les armes, ce qui rend peu évident tout retour éventuel dans la partie.

Un jeu à connaître sur le bout des doigts

Face à autant de difficulté, il y a vraiment de quoi s’arracher les cheveux surtout quand le jeu nous est inconnu. C’est pour dire, après plusieurs échecs lors de mes premières parties, je me suis sérieusement demandé si je serais, un jour, capable de venir à bout des sept niveaux ici présents. Pourtant, à chaque nouvelle partie et quelque que soit le niveau de difficulté choisi, le jeu nous gratifie généreusement d’un total de sept crédits en plus de nous permettre de récupérer quelques vies supplémentaires à partir d’un certain nombre de points gagnés ou bien en récupérant en chemin des petits vaisseaux miniatures représentant vaguement le Styx.

Sur le papier, cela semble être amplement suffisant pour finir le jeu d’une traite, mais je peux vous assurer que dans les faits, c’est loin d’être le cas, surtout pour un novice. Néanmoins, cette première impression est trompeuse, car en réalité, Thunder Force III est loin d’être un shmup particulièrement difficile, surtout quand on le compare à ses homologues sur Mega Drive, car à force de recommencer inlassablement les mêmes passages, on fini par jouer en se reposant essentiellement sur notre mémoire visuelle plutôt que nos réflexes de joueurs aguerris, ce qui a pour pour effet de rendre la progression bien plus facile par rapport aux premières parties.

Ainsi, en mode normal, Thunder Force III se veut plutôt accessible pour le commun des mortels, ce qui est une très bonne chose afin de permettre à un grand nombre de joueurs de découvrir le soft sans ressentir le besoin de jeter l’écran par la fenêtre ou de fracasser la manette au sol. Pour les autres, à la recherche de défis, je suis persuadé que les modes de difficulté « hard » et « mania » devraient les satisfaire tant le challenge est de taille d’autant plus que Thunder Force III s’apprête parfaitement au scoring, car après avoir terminé une partie, le nombre de crédits et de vies sert de chiffre multiplicateur afin de déterminer le score final.

Si on se tient uniquement aux sept niveaux disponibles, la durée de vie s’avère plus qu’honorable pour un jeu de cette époque étant donné qu’il faut compter en moyenne entre 45 minutes et 1 heure pour en voir le bout. Cela peut paraître très court à l’heure actuelle, mais Thunder Force III a le mérite d’offrir une bonne rejouabilité notamment grâce à la présence de plusieurs modes de difficulté et le plaisir d’améliorer son score afin de le comparer avec d’autres pratiquants. Pour tout vous dire, cela fait environ un peu plus de sept mois que le jeu tourne régulièrement à la maison et jusqu’à présent, je n’ai pas encore ressenti la moindre lassitude en enchaînant les parties. À chaque fois que j’insère la cartouche dans la console, je suis toujours aussi émerveillé que lors de mes toutes premières parties, mais s’il est très plaisant de retenter l’expérience à la moindre occasion, il est aussi nécessaire d’y revenir un peu par obligation afin de ne rien oublier et donc de ne pas régresser.

Une véritable claque graphique

À sa sortie, Thunder Force III fut un bouleversement visuel de par la grande qualité de ses sprites et ses décors, mais aussi grâce à l’utilisation d’effets comme le parallaxe ou bien la distorsion qui ajoutent plus de profondeur. Aujourd’hui, nous savons que la Mega Drive a rarement eu l’occasion de délivrer tout son potentiel, mais ici, les graphismes offrent à l’écran un rendu encore très agréable et j’irais même jusqu’à dire qu’il s’agit sans nul doute d’un des plus beaux shmup disponibles sur cette console. Je trouve qu’il est très impressionnant qu’un jeu de ce calibre soit sorti en 1989, car il ne faut pas oublier que nous étions encore en pleine phase de transition entre la génération 8 et 16 bits durant laquelle les jeux de lancement de la Mega Drive étaient, malheureusement, à peine plus beaux que ce qui était proposé sur Master System.

En plus d’être un bon graphique significatif, Thunder Force III nous offre une expérience ultime avec son scrolling qui défile à toute vitesse sans jamais souffrir du moindre ralentissement alors que de nombreux éléments sont affichés constamment à l’écran. Je dois reconnaître qu’il m’est très difficile d’imaginer un jeu aussi abouti techniquement pouvant tourner sans difficulté sur Super Nintendo et pourtant, Thunder Force III a bien été porté sur la console de Nintendo en raison de sa forte popularité. Hélas cette version, connue sous le nom de Thunder Force Spirit, est un véritable massacre qui ne reprend en rien les atouts du jeu original. Voyez par vous même : l’auto-fire a été supprimé tandis que la vitesse du scrolling a été augmentée, ce qui ne permet pas d’éliminer la plupart des ennemis qui se présentent à nous, mais pire encore, le jeu rame dès le premier niveau alors que les sprites clignotent sans cesse. Néanmoins, il ne faut surtout pas confondre ce jeu avec la version arcade sorti sur le Mega Tech qui se veut très proche de la version Mega Drive, mais elle n’apporte malheureusement strictement rien de plus visuellement parlant.

Forcément, au vu de tout le travail fourni par Tecno Soft pour rendre ce Thunder Force III aussi parfait, il aurait été très décevant que ce dernier souffre d’une une mauvaise prise en main, mais je vous rassure, ici elle se veut excellente malgré sa grande sensibilité qui demandera un petit temps d’adaptation pour maîtriser correctement les déplacements du vaisseau. Je regrette seulement que le soft n’a pas été pensé pour être utilisé avec la manette 6 boutons de SEGA, ce qui aurait sans doute permis un changement de vitesse et d’arme plus naturel, mais aussi plus rapide. En outre, on retrouve des compositions musicales grandioses qui s’accordent parfaitement à chaque univers s’accompagnant de petits effets sonores de qualité, ce qui s’avère tout aussi impressionnant que la réalisation graphique. Du début à la fin, les musiques sont si exceptionnelles qu’il m’arrive très souvent d’allumer la console uniquement pour le plaisir de les écouter. Oui, je n’ai pas peur de le dire, le YM2612 de la Mega Drive, c’est du lourd et Thunder Force III le démontre parfaitement.