Fort de son succès dans les salles d’arcade à la fin des années 80, SEGA a sauté sur l’occasion en publiant Shadow Dancer sur Mega Drive, sous-titré pour l’occasion The Secret of Shinobi. Contre toute attente, il s’agissait avant tout d’un jeu distinct propre à la console 16-bits et non d’un portage direct de la version originale comme ce fut le cas pour la Master System et les autres supports informatiques de l’époque.

Shadow Dancer : The Secret of Shinobi est apparu pour la première fois en 1989 sur le System 18 de SEGA avant d’être adapté un an plus tard sur les différentes machines de l’époque telles que l’Amiga, l’Atari ST, l’Amstrad CPC, le Commodore 64 et l’emblématique Master System. Cependant, c’est la version Mega Drive que l’on retiendra principalement grâce à son game-play et son aspect graphique très différent du jeu en arcade. Alors que l’on pourrait presque parler d’un remake, cette version 16-bit de Shadow Dancer se démarque aussi par son scénario divergent en fonction de sa localisation.

Joe ou Hayate, à vous de choisir !

En Occident, le jeu fut une suite logique à The Revenge of Shinobi (The Super Shinobi au Japon) à cause de son sous-titre intitulé The Secret of Shinobi qui porta à confusion. De nouveau, le joueur y incarne Joe Mushashi, ninja à temps plein, combattant une organisation malfaisante répondant au nom de l’Union du Lézard responsable de la mort de son grand ami Kato. A contrario, au Japon l’histoire nous met dans la peau d’Hayate Mushashi, le fils de Joe, afin de secourir des otages détenus par l’Union du Lézard. Que se soit Joe ou Hayate, c’est au choix, le héros progresse exclusivement dans les rues de New York avec l’aide de Yamato, son fidèle compagnon à quatre pattes, s’avérant fort utile pour débusquer la vermine où qu’elle se trouve.

Authenticité oblige, c’est le scénario proposé dans la version nippone qui s’accorde le mieux avec l’histoire originale, à ceci près que l’objectif principal est de désamorcer des bombes plutôt que de libérer des otages. À mon sens, il devait forcément s’agir d’une mauvaise communication (comme bien d’autres) entre les branches américaine et japonaise de SEGA. Une erreur qui donnera naissance plus tard à Shinobi III : Return of the Ninja Master en Occident, alors qu’au Japon le titre fut naturellement The Super Shinobi II.

Pour ma part, lorsque j’ai découvert Shadow Dancer dans ma jeunesse sur Mega Drive, il m’était très difficile de faire le rapprochement avec The Revenge of Shinobi tant les deux jeux étaient très différents de par leur titre et leur conception. J’étais même persuadé qu’il s’agissait d’une sorte de copie et non d’une suite, ni même d’un jeu issu de la série Shinobi.

Sauvez-les tous !

Passée la courte séquence d’introduction, le jeu nous propose de lancer une nouvelle partie ou bien d’accéder à quelques maigres options afin de régler le niveau de difficulté sur trois niveaux, d’activer ou de désactiver les shurikens et de choisir la configuration des boutons parmi quatre profils disponibles. Bien entendu, il est tout à fait possible d’écouter les musiques ainsi que les différents effets sonores, comme dans la plupart des jeux Mega Drive, me direz-vous.

 

Une fois paré pour l’action, le premier niveau intitulé « Burning Downtown » se déroule dans un quartier de New York où l’on y découvre la ville meurtrie par les flammes, le tout représenté par un joli effet de distorsion situé en arrière-plan. Le but prioritaire de chaque niveau est de libérer les otages éparpillés un peu partout dans le niveau afin de continuer la progression. Comme dans sa version arcade, le moindre impact avec une arme blanche ou un projectile engendre la mort du ninja obligeant alors le joueur à recommencer le niveau depuis le début ! Cela peut paraître déroutant aux premiers abords, mais les niveaux, répartis en trois actes, sont relativement courts en plus de ne pas avoir à secourir les otages précédemment libérés. Contrairement à The Revenge of Shinobi, il est ici possible de lancer des shurikens à l’infini ce qui facilite grandement la progression. En libérant un otage féminin, notre ninja se voit offrir un power up permettant d’éliminer en un coup les ennemis les plus coriaces. Il fallait bien ça pour nous aider à avancer dans la pénombre...

Rude est la voie du ninja

Toutefois, le jeu requiert de la dextérité ainsi qu’une bonne mémoire afin de connaître l’emplacement et les attaques de chaque ennemi. Toujours dans l’objectif de faciliter la progression du joueur, il est possible d’envoyer Yamato attaquer des ennemis peu accessibles avant de lui donner le coup de grâce. Bien qu’il soit tout à fait possible de terminer le jeu sans l’aide du chien, sa présence est indispensable pour achever certains niveaux sans perdre la moindre vie. Attention, car si Yamato retient trop longtemps un ennemi ou que son opposant s’avère trop puissant, il sera éjecté et prendra l’apparence d’un petit caniche. Coucher Snoopy ! Rassurez-vous, car en délivrant un otage, notre fidèle compère retrouvera force et vitalité. Outre l’attaque, Yamato aboie également afin de nous prévenir de la présence d’ennemis aux alentours, ce qui s’avère forte utile lorsqu’on avance à découvert.

Dans le même registre, notre héros est capable de lancer des attaques spéciales afin d’éliminer tous les ennemis qui se dressent sur son chemin tout en le protégeant d’éventuels impacts. À la différence de The Revenge of Shinobi, il n’est pas possible de choisir un pouvoir spécifique puisque ce dernier nous est imposé à chaque niveau. Dommage oui, mais rien d’alarmant pourtant puisque, comme pour Yamato, il est tout à fait possible de s’en passer pour achever l’aventure en plus d’apporter des points supplémentaires au score.

Pour maximiser ses chances de réussite, le joueur peut tout au long de son périple récolter des vies supplémentaires cachées à divers endroits ou bien en gagner grâce aux stages bonus proposés à chaque fin de niveau. À savoir que ces stages bonus sont différents de la version arcade puisqu’il s’agit ici de dévaler du haut d’un immeuble en tuant le maximum d’ennemis qui se présentent à nous. Les plus adroits ou les plus malins se verront gratifiés de trois vies tandis que les autres devront se contenter d’une plus petite récompense allant de deux à une vie.

Même si les quelques crédits en réserve ont tendance à nous donner une certaine assurance face au danger, il est préférable d’économiser un maximum de vies pour l’affrontement final avec le grand patron de l’Union du Lézard. En effet, ce dernier boss est relativement difficile et il vous faudra vous y reprendre maintes fois avant de pouvoir contempler la cinématique de fin. Je précise que l’utilisation d’un crédit renvoie au premier acte du niveau en cours avec quelques maigres vies, ce qui complique un peu plus les choses surtout si vous avez ressenti des difficultés pour arriver jusque-là. Je ne dirais pas que Shadow Dancer est un jeu extrêmement difficile, mais il exige patience, concentration et surtout de la dextérité pour en venir à bout. Une fois l’aventure bouclée, le jeu revient à l’écran titre et passe automatiquement au niveau de difficulté supérieur, mais seuls les joueurs les plus téméraires relèveront le défi.

L’élève ne dépasse pas le maître

Que se soit face à The Revenge of Shinobi ou à la version arcade de Shadow Dancer, le jeu sur Mega Drive se différencie radicalement avec ses graphismes. Même si on garde un peu près les mêmes ennemis, les sprites ont clairement changé et sont dorénavant plus petits, mais héritent d’une meilleure animation avec davantage de couleur. C’est assez difficile de départager graphiquement les deux versions tant elles sont très différentes visuellement, mais je garde une petite préférence pour la version Mega Drive faisant honneur à la console même si on reste très loin du travail accompli avec The Revenge of Shinobi. C’est bien là que le bât blesse, car Shadow Dancer a beau faire partie des best-sellers de la console, il se veut nettement moins impressionnant et cela se confirme également au niveau des effets sonores ainsi que des compositions signées Keisuke Tsukahara alias Tsukachan.

C’est pour dire, lorsque j’ai enfin appris que Shadow Dancer faisait officiellement partie de la série Shinobi, j’étais persuadé qu’il avait été publié avant The Revenge of Shinobi et non après au vu de sa conception. Pourtant, cela n’enlève en rien les qualités intrinsèques du jeu, car on parle bien d’un excellent jeu vidéo si ce n’est l’un des meilleurs de la console.

Chronomètre en main, il faut compter aux alentours de 30 à 45 minutes pour achever les quatre niveaux présents, à condition de bien connaître le jeu. Ce qui nous donne une durée de vie plus que raisonnable pour ce type de jeu intemporel que l’on sort du placard à la moindre occasion, histoire de passer un bon moment devant l’écran. Après un nombre incalculable d’heures, je ne m’en lasse toujours pas et il est certain que je continuerai d’y jouer tant l’expérience est plaisante et puis ce ne sont pas tous les jeux qui offrent la possibilité de se glisser dans la peau d’un puissant ninja accompagné de son fidèle acolyte. C’est ce que j’appelle la grande classe !

Quant à la prise en main, on retrouve de bonnes sensations à travers la manette, le personnage répond très bien et c’est un vrai plaisir que de parcourir chaque niveau avec la possibilité de grimper sur les différentes plateformes. On est à des années-lumière de la rigidité et de la lenteur du portage sur Master System malgré ses graphismes très proches de la version originale. Voilà, c’est dit !