La baston fut à l’honneur sur le System 16 avec Riot City, un beat’em all traditionnel développé par le studio Westone en 1991. Malgré ses nombreuses similitudes avec Final Fight, le titre est malheureusement resté impopulaire, mais étant un grand adepte du genre, il était de mon devoir de vérifier point à point si ce Riot City pouvait se révéler de nos jours bien plus plaisant qu’une vulgaire copie du hit de CAPCOM.

Après le succès fulgurant de Final Fight publié sur CPS1, nombreux sont ceux à avoir tenté de détrôner le king du beat’em all dans l’espoir de régner en maître absolu dans les salles d’arcade. Parmi la pléthore de titres disponibles à l’époque, il y avait Riot City qui fut produit par SEGA et développé par le studio Westone que l’ont connaît surtout pour avoir donné naissance au mythique Wonder Boy III : Monster Lair en 1988. Il est fort probable qu’un jeu comme Riot City ne vous évoque pas grand-chose, ni même ne serait-ce qu’un léger brin de nostalgie surtout, si comme moi, vous n’aviez pas l’habitude de fréquenter les salles d’arcade en 1991, année durant laquelle le soft est apparu pour la première fois sur le System 16B de SEGA.

Pour découvrir ce Riot City à notre époque où tout le monde ne jure que par le tout dématérialisé, je n’ai guère eu le choix que pratiquer l’émulation grâce à mon ordinateur, mais avant de me jeter au bûcher sans une once de compassion, je dirais pour ma défense qu’il est à l’heure actuelle extrêmement difficile, voire impossible, de mettre la main sur le PCB tant la pièce se veut rare sur le marché. De plus, aucune plateforme de téléchargement légale ne propose dans son catalogue la moindre réédition de ce jeu qui vraisemblablement souffre encore d’une terrible impopularité sur la scène du retrogaming même après toutes ces années passées.

Monsieur SEGA, monsieur Westone, si par le pur des hasards vous lisez ces quelques lignes, veuillez accepter mes plus plates excuses pour avoir récupéré la ROM de Riot City, mais loin de moi l’idée d’en profiter uniquement pour mon plaisir personnel, car le but de la démarche était surtout de découvrir le titre pour ensuite partager cette expérience vidéoludique au travers d’un test complet qui, je l’espère, incitera d’autres joueurs à s’intéresser à ce jeu injustement méconnu.

Oui, je vous l’accorde volontiers, j’aurais pu me contenter de la version PC Engine CD qui fut publiée sous le nom de Riot Zone puisque les gars de chez Westone ont libéré un portage plutôt « convenable » sur la console de NEC, mais pour éviter de se prendre le bec avec SEGA, le titre a été bricolé dans tous les sens et au bout du compte, il en résulte un jeu beaucoup trop différent de la version originale. Ainsi pour réellement découvrir Riot City tel qu’il avait été imaginé par son concepteur, Naoki Hoshizaki, il m’était indispensable de l’essayer sur le System 16 avant d’envisager de m’intéresser éventuellement un peu plus tard à sa version 8-bit et puis après tout, sur GENKU on parle uniquement des consoles et des bornes d’arcade SEGA !

Une jolie blonde à sauver et du punk à tabasser

L’histoire de Riot City nous emmène à la rencontre des protagonistes Paul et Bobby, deux super flics chargés d’enquêter sur les activités criminelles d’un puissant cartel connu sous le nom de « M.I.D ». Alors que les deux compères étaient sur le point de démanteler tout ce réseau de malfrats, un mystérieux coup de téléphone leur révèle que Catherine, la fiancée de Paul, est retenue captive sur une petite île abandonnée aux mains du cartel. Sans hésiter une seule seconde, les deux inspecteurs partent au secours de la belle en détresse, ce qui sera l’occasion de mettre derrière les barreaux tous les bandits et autres pouilleux du coin qui oseront se dresser sur leur chemin.

Dans les grandes lignes, la trame scénaristique se veut relativement similaire à ce que propose Final Fight où il faut également sauver une jolie petite blondinette des griffes d’un puissant syndicat du crime. Les développeurs sont même allez jusqu’à reprendre la cinématique d’introduction où on aperçoit Paul recevoir un coup de téléphone peu de temps avant que ce dernier s’énerve en apprenant que sa dulcinée a été kidnappée. Il y aurait comme qui dirait un air de déjà-vu… Néanmoins, la cinématique n’est pas tout à fait identique à celle du jeu de Capcom puisqu’il existe quelques différences notables dont l’absence d’une séquence où l’ont devrait entrevoir Catherine en petite tenue et puis les protagonistes abordent ici un style beaucoup plus décontracté.

Par ici la monnaie

Après avoir balancé quelques crédits dans la machine (euh non, pour moi ce fut gratuit grâce aux joies de l’émulation) suivie d’une petite pression sur le bouton « start », la partie commence aussitôt sans même nous proposer de choisir entre l’un des deux personnages disponibles. De ce fait, les commandes du premier joueur sont systématiquement attribuées à Paul et celle du second joueur à Boby. Ainsi, si vous souhaitez commencer une nouvelle partie avec un personnage différent, il faudra obligatoirement switcher entre les deux sticks ou bien redéfinir les commandes dans l’émulateur, un comble quand on sait que Final Fight dispose d’un menu de sélection avec en prime un personnage supplémentaire !

Par défaut, un crédit donne droit à un nombre de 3 vies qu’il est possible d’augmenter en remportant dans un premier temps cent mille points puis à chaque million. En jetant un petit coup d’œil dans les paramètres de la machine, on constate qu’il est possible configurer le jeu afin de disposer par défaut de 4 vies par crédit et de rendre la montée des points un peu plus rapide. En revanche, il est impossible de diminuer le niveau de difficulté qui commence à partir du mode normal, ce qui obligera les néophytes du genre à jeter un grand nombre de pièces dans le monnayeur afin d’espérer arriver au bout du jeu, car il faut reconnaître que ce Riot City s’avère être un BTA plutôt difficile. Par ailleurs, les joueurs les plus aguerris d’entre vous seront contents d’apprendre que deux niveaux de difficulté supérieurs leur sont proposés, à savoir « difficile » et « très difficile ».

Comme qui dirait un air de déjà-vu

Une fois plongé dans le cœur de l’action, impossible de ne pas remarquer les nombreuses similitudes qui résident entre Riot City et Final Fight tant elles nous sautent à la figure. Les gars de chez Westone se sont vraiment donnés à cœur joie pour reprendre la plupart des idées qui ont fait le succès de Final Fight, à tel point que l’on pourrait penser aux premiers abords qu’il s’agit là d’un pur plagiat, mais avec un peu de recul, il apparaît évident que les deux titres se veulent très différents tant au niveau du gameplay que du visuel.

En effet, le rythme de l’action est ici légèrement plus lent, mais en contrepartie, le jeu insère des phases de combat plus techniques où réside un nombre incroyable d’ennemis qui tenteront de trouver la bonne parade pour nous infliger de sérieux dégâts. En outre, il faut savoir qu’il n’est pas possible de ramasser des objets autres que des petits items nous gratifiant de quelques points bonus ou de l’énergie supplémentaire. Pour fracasser la vermine, il faudra alors uniquement se reposer sur la force des poings et pieds contrairement à Final Fight où diverses armes sont régulièrement mises à disposition tout au long de la partie.

Clairement, je ne dirais pas qu’il s’agit là d’un défaut majeur étant donné que nous avons très rarement le temps de ramasser quoique ce soit tant les ennemis pullulent à l’écran. Je dois vous avouer que j’ai trouvé très jouissif de devoir enchaîner à tout va les vagues d’ennemis sans même avoir le temps de respirer d’autant plus que nos adversaires disposent suffisamment de scripts pour nous donner l’illusion d’être confrontés à une vraie IA.

Lors des situations délicates où des ennemis seraient sur le point de littéralement nous rouler dessus, rien de plus efficace que l’exécution d’une super attaque en appuyant simultanément sur les deux boutons d’action. À la manière de Final Fight, lorsque le coup surpuissant de notre personnage vient à toucher sa cible, la barre d’énergie diminue en conséquence et il est donc primordial de réfléchir à deux fois avant de balancer la sauce afin d’éviter de perdre quelques précieuses vies inutilement.

Par ailleurs, Rio City profite d’une bonne mise en scène contribuant grandement à limiter ce sentiment de lassitude pouvant survenir à tout moment au cours de l’un des cinq niveaux présents puisqu’il faut répéter sans cesse les mêmes actions, c’est-à-dire frapper et avancer. Certes, sur le papier le nombre de cinq niveaux peut sembler relativement peu comparativement à ce qui se faisait chez la concurrence, mais dans le cas ici présent, cela s’avère amplement suffisant, car chacun d’entre eux dure un long moment et insère des phases de combat pour le moins éprouvantes avant d’être face à face avec un grand gaillard bien costaud en guise de boss avant de passer à l’étape suivante.

À moins d’avoir la possibilité de jouer en « free credit » comme ce fut mon cas, je peux vous assurer qu’il faudra sérieusement vous accrocher avant pouvoir contempler la cinématique de fin qui sera l’occasion d’entrevoir quelques instants la belle et ténébreuse Catherine se jetant dans les bras musclés de son sauveur. Si vous prévoyez d’aller jusqu’au bout des cinq niveaux, comptez en moyenne une bonne heure de jeu, ce qui reste tout à fait honorable pour un beat’em all de cette génération, mais le problème avec Riot City, c’est qu’une fois terminé, on peine sérieusement à retenter l’expérience à moins peut-être d’augmenter le niveau de difficulté pour plus de challenge ou bien d’inviter un second joueur à prendre part au combat.

Une question technique

Je pense que le principal défaut vient du fait que Riot City se contente de recopier Final Fight sans apporter une véritable touche d’originalité malgré un gameplay légèrement différent et une mise en scène un peu plus travaillée. C’est pour dire, sur le plan technique, Riot City fait à peine mieux et il est difficile de croire qu’il y a bien deux ans d’écarts entre le développement de ces deux jeux, bien que le soft de Westone s’avère tout de même un peu plus attrayant graphiquement. Pour rappel, l’année 1991 signe l’arrivée dans les salles d’arcade de Street Fighter II : The World Warrior, The King of Dragons et Captain Commando sur CPS1 qui sont techniquement nettement au-dessus de Riot City.

Dans l’ensemble, je lui reproche surtout ses couleurs ternes, ses décors manquant de définitions et certaines animations peu convaincantes comme celles des deux personnages contrôlables qui affichent des mouvements peu naturels. C’est vraiment navrant, car en arcade, on s’attend vraiment à découvrir un jeu qui exploite convenablement les capacités hors-normes des bornes de l’époque et ce n’est pas les caractéristiques du System 16B de SEGA qui me feront mentir, bien que légèrement inférieur à celles du CPS1 de Capcom.

Malheureusement, au niveau de la bande-son ce n’est guère mieux puisque les thèmes musicaux ne collent pas du tout avec l’ambiance générale du jeu. Bien qu’avec le temps on finit par s’habituer aux différentes mélodies, il aurait été vraiment nécessaire de fournir des compositions plus recherchées et de qualité pour mieux captiver le joueur devant l’écran.